Des consommateurs ont récemment alerté la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) après avoir reçu par courriel une lettre à en-tête de la SACEM et reproduisant un cachet de la DGCCRF.
Selon cette lettre, l'Etat va rembourser les consommateurs victimes d'escroqueries de type « nigériane ». Il suffirait alors au consommateur souhaitant bénéficier de ce remboursement de verser, par virement, une caution de 350 euros et d'envoyer par courriel des informations confidentielles, dont certaines relatives aux transactions bancaires relatives à la somme versée initialement par le consommateur.
Bien entendu, il s'agit ici d'une pure escroquerie. Qui ne résiste même pas à l'analyse plus de quelques secondes: à l'heure actuelle, il n'est pas (encore) nécessaire de payer pour porter plainte... et il serait absurde qu'un gouvernement doive "assumer" les pertes financières issues d'arnaques en tout genre. On imagine les abus épouvantables qui en résulteraient ! On ne voit pas non plus ce que la SACEM, qui gère les droits de diffusion d'oeuvres musicales, viendrait fabriquer dans ce mic-mac...
Si vous avez déjà versé la somme en question, il ne vous reste qu'à porter plainte auprès de la DGCCRF. Laquelle DGCCRF a annoncé qu'elle avait déposé une plainte auprès du Parquet de Paris.
Il y a cependant fort à craindre que l'auteur de cette escroquerie soit complètement hors de portée du droit français et du droit européen... Une impunité de fait qui pose question à l'heure de la mondialisation des échanges et de l'information: ne serait-il pas également temps de mondialiser la justice applicable à l'Internet ?
La DGCCRF à nouveau visée
Il y a quelques mois déjà, la DGCCRF avait été visée par une campagne de dénigrement dans l'affaire dite des "huiles ukrainiennes". Dans les premiers jours du mois d'avril dernier, la DGCCRF signale la présence sur le marché français d'une huile de tournesol frelatée venant d'Ukraine. Certains lots de l'huile en question contenaient en effet de l'huile minérale.
Si l'importateur concerné fait immédiatement retirer les huiles concernées du marché français, il n'en faut pas davantage pour faire enfler la rumeur, et voire pulluler les spams. Lesdits spams poussant d'ailleurs l'absurdité à son comble, évoquant une DGCCRF impuissante, un importateur qui aurait "volontairement laissé passer la cargaison" incriminée et même une huile contaminée par les radiations de Tchernobyl.
Contrairement à ce qu'on pourrait croire, ce travail de plus en plus important de la DGCCRF n'est pourtant pas récompensé comme il se doit: rappellons que le gouvernement français a décidé en 2008 d'en réduire les effectifs, en vue de la faire disparaître complètement. Et ce, en totale déconnexion avec les intérêts des consommateurs. Lesquels intérêts ne sont, il est vrai, pas toujours identiques à ceux des industries et des grandes multinationales (françaises ou autres)...

Western Union, clé de voûte des fraudes nigérianes
Si les fraudes nigérianes se sont à ce point développées, c'est grâce à un système de transfert d'argent international où le payeur (= vous) a tout à perdre: Western Union. Grâce à ce système, le réceptionnaire des fonds générés par ces arnaques court peu de risques. La personne arnaquée vire de bonne foi auprès de Western Union le montant demandé. Après quoi, l'arnaqueur peut aisément se rendre dans un centre Western Union de son pays (bien souvent situé en Afrique). Là, il lui suffit d'exhiber une fausse carte d'identité pour obtenir la somme en liquide. Le tout, sans aucune autre forme de vérification.
On voit ici toute la faiblesse du système: là où des virements internationaux permettent à tout le moins de retracer la destination finale de l'argent (car l'arnaqueur a besoin de disposer d'un compte bancaire à son nom), le système Western Union permet au contraire aux arnaqueurs de tout poil de passer entre les mailles du filet.
Un filet que Western Union tente tant bien que mal de resserrer, en usant de la prévention, et de conseils de prudence élémentaire.
La Western Union trop laxiste ?
Une prévention bienvenue, mais dont l'ampleur chaque jour grandissante des spams démontre l'insuffisance absolue. Nous espérons fermement voir un jour Western Union passer à une phase plus offensive, incluant notamment une vérification beaucoup plus poussée de l'identité des bénéficiaires des fonds... Bien entendu, la probabilité est faible que cela se produise !
D'abord, parce que Western Union a relativement intérêt à ce que les transferts soient nombreux, dans la mesure où la société prélève un pourcentage sur chaque transaction. Un usage du bâton plutôt que de la carotte pourrait réduire le nombre et le montant des transactions... et "envoyer" ces transferts potentiels vers une société concurrente. Ce qui n'est pas dans l'intérêt de la société américaine !
Ensuite, car le système est initialement conçu pour envoyer de l'argent à des personnes que l'on connaît: amis, famille... Or, il est de notoriété publique que l'Afrique, continent (hélas) très pauvre, connaît une forte émigration et un fort chômage. Conséquence: des travailleurs d'origine africaine travaillant hors d'Afrique envoient régulièrement de petites sommes d'argent à leur famille restée là-bas, pour les aider à survivre. Un renforcement du système de WU pourrait donc entraîner une plus grande pauvreté dans la région...
Enfin, les services administratifs sont pratiquement inexistants dans cette partie du monde. Les moyens d'authentification avancés (tels que la carte d'identité électronique, par exemple) y sont encore quasi inconnus. Ce qui rendrait extrêmement difficile la vérification complète de l'identité du bénéficiaire des fonds.
Quoiqu'il en soit, il demeure surprenant que des services aussi répandus puissent présenter des failles aussi colossales. Western Union a beau jeu d'affirmer que les escroqueries "lui font du tort"... elles lui rapportent en tout cas gros !
Nicolas Nachtergaele